vendredi 11 juillet 2014

L'ultimo

Presque deux mois que je suis rentrée, il serait temps que j'écrive un dernier article ici, en guise de clap de fin. J'avoue l'avoir un peu retardé celui-là, parce que mettre un point final à mes aventures napolitaines me semble impossible : j'ai un goût d'inachevé, je veux y retourner, pas tout de suite – mais un jour, c'est sûr et certain. (Peut-être pour mon stage cette année, à l'Institut Français. Chissà.)

J'ai encore parfois du mal à croire à mon retour, souvent j'ai l'impression que tout ça n'a été qu'un rêve, une petite parenthèse, et pourtant, pourtant, j'ai appris beaucoup de choses. J'ai appris que je ne resterai pas à Nancy éternellement parce qu'on s'y sent trop à l'étroit, j'ai appris à ré-apprécier une langue que m'avait faite détester ma prof d'italien, j'ai appris que j'étais fière d'être française.

Bien sûr, il n'y a pas eu que des hauts...
Dans un pays étranger, c'est à nous de nous adapter : la règle d'or à Naples, c'est de ne pas être susceptible. Combien de fois j'ai entendu que les français avaient la puzza sotto il naso ? (le cliché typique : français hautains, français snobs) Il faut dire qu'on l'est beaucoup plus qu'eux, en tout cas. Et méfiants, on l'est par-dessus tout. Moi qui ne suis pas tactile dans mon genre, j'étais un peu mal à l'aise au début quand des inconnus me touchaient l'avant-bras comme si on se connaissait depuis des lustres. Mais au fond, on s'y fait très vite.

Pour continuer dans le caractère de mes chers Napolitains, j'ai remarqué des contradictions, à l'image de leur ville adorée. C'est une ville théâtrale, où chaque ruelle est une petite tranche de vie, un vaudeville géant qui remue, qui secoue, qui se fait entendre – pourtant, vous ne verrez pas, comme ici, nos mythiques french lovers (vous savez, les mecs dans la rue genre « eh mademoiselle, t'as de belles jambes, elles ouvrent à quelle heure ? » ou « eh mademoiselle, joli petit cul !... Tu pourrais dire merci, connasse ! » et tutti quanti) qui sévissent à la nuit tombée.

J'ai remarqué aussi un élément essentiel du tempérament napolitain – après ce n'est que mon ressenti, pas une vérité scientifique : ils ont tendance à être... blasés, disons. Ce qui a un avantage indéniable : face à un problème, le mot d’ordre est vabbè, tant pis, c'est pas grave. Ils ne se laissent pas démonter facilement pour une broutille, ils continuent leur chemin.
Mais le revers de la médaille, c'est que, quand le problème est important, ils s'en foutent tout autant : ils baissent les bras, ils perdent courage. Ils ne se battent pas.
On peut s'amuser de ce double visage comme on peut le subir.

Il y a une chose qui me tient à cœur: l'image de la ville. En Italie comme ailleurs, Naples a très mauvaise réputation. Entre la mafia (j'en n'ai pas trop vu la couleur), les poubelles et un volcan qui risque d'exploser à tout moment (j'avoue avoir fait un paquet de cauchemars pour ma part, hein...), ça n'a pas l'air très reluisant. Mais je le dis une bonne fois pour toutes: je me suis sentie mille fois plus en sécurité à Naples qu'à Nancy en ce moment.
 
A la fin, je ne regrette rien. J'ai connu des gens géniaux, retrouvé des personnes que j'aimais, je me suis sentie chez moi, accueillie, acceptée. Je me suis faite à de nouvelles habitudes, de nouveaux rituels. Mon café Kimbo, mon premier-étage-et-demi, les cartons de pizza dans l'entrée (avec les points fidélité à découper), les bouquinistes de Port'Alba, ma Peroni, la foule qui monte et remonte Via Roma, le bruit des Vespa, l'odeur de weed Piazza Bellini. Le métro, aussi. « Stazione di Salvator Rosa. Salvator Rosa station. »

Comme dirait l'autre, j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans. Mais il reste encore un peu de place.

Spero di rivederti presto, Napoli.



(précision météo: Naples, c'est pas sea, sex and sun toute l'année...)