Aujourd'hui, ça fait exactement quatre mois que j'ai débarqué à Naples.
J'étais encore loin de m'imaginer comment était la vie là-bas, encore loin de lancer des "che schifo!" à tout bout de champ, encore loin d'avoir mes habitudes, mes petits rituels à moi.
Et dans plus ou moins quatre mois, je vais refaire le chemin inverse: Capodichino/Basel, navette de l'Euroairport, Saint-Louis/Nancy...
Mon contrat avec le lycée prend fin le 30 avril, mais il me reste une chose à faire qui me tient vraiment à cœur : aller voir mon opéra préféré, qui passe fin mai, au Théâtre San Carlo.
« Mes yeux sont éblouis, mon âme ravie. […] Il n’y a rien en Europe,
je ne dirai pas d’approchant, mais qui puisse même de loin donner une
idée de ce théâtre. »
— Stendhal
Sinon, beaucoup de projets de voyage: demain, Salerne; week-end prochain, Berlin; et si tout se goupille comme il faut, Grèce en avril ! Je ne suis toujours pas allée à Ischia et Procida, ou au musée de Capodimonte, qui étaient sur ma to-do list (et elle s'allonge au fur et à mesure...)
Mon italien laisse toujours à désirer mais influence complétement mon français, ce qui donne un langage hybride assez comique: imprimer devient stamper, le briquet l'accendine, le cendrier le pose-cendres, et j'en passe. Et une fois de plus, je tiens à le dire, non, l'italien n'est pas facile, les mots ne sont pas toujours transparents... ! (Spécial dédicace à moi-même qui écoutait un mec me parler de "l'asilo" et trouvait qu'il était relativement à l'aise pour parler de son passage en HP... Sachez que l'asilo, c'est l'école maternelle...)
BUON ANNO A TUTTI ! (Je le souhaite le 31 à minuit et après j'oublie, donc je le dis là et on n'en parle plus, basta !)
La fin de l'année est assez folklo ici, entre Noël, Capodanno et la Befana : et que ça festoie, et que ça mange, etc. La magie des fêtes commencent à chatouiller les Napolitains assez tôt. Ça commence par les expos de presepe (crèches) immenses, bien chargées et légèrement flippantes :
(Je dis flippantes parce qu'elles sont parfois animées... et le Jésus flagellé qui bouge la tête toutes les deux secondes en mode grimace de douleur, oui, ça fait un peu flipper.)
La tradition des crèches est liée étroitement à la fabrication artisanale des santons: des petites figurines religieuses ou non, et parfois complétement what the fuck...
Bref, l'euphorie est à son comble jusqu'au jour J donc, et on arrive au plus important : le repas de Noël : "Les poissonneries restent ouvertes 24 heures sur 24 pendant plus d’une
semaine pour écouler leurs stocks impressionnants : caisses superposées
les unes sur les autres débordant d’huîtres, énormes bassins remplis de
palourdes, de graines de lupin, de truffes de mer, de vernis, de bulots
et de tellines, qui serviront pour la friture servie en hors d’œuvre ou
pour le plat de linguine aux palourdes typique de Gragnano, lequel ne
saurait manquer sur aucune table de réveillon. Langoustes et homards
entrelacés, grands brèmes de mer en rangs serrés, énormes loups de mer
luisants, rascasses rouges à l’aspect peu invitant mais néanmoins
délicieuces : tous ces poissons à chair blanche seront cuits au four ou
selon la recette traditionnelle de l’acqua pazza (littéralement, à «
l’eau folle »). De grands récipients débordant de mulets, de
langoustines, de crevettes roses et de grosses crevettes sont exposés
aux côtés de calamars et de seiches pour la friture du réveillon, un
autre plat incontournable de cette fête. Un autre poisson est présent
sur tous les étalages de poissonneries : la morue séchée norvégienne aux
reflets dorés, croquante, enfarinée et à la chair ferme mais d'un blanc
immaculé." Vous l'aurez compris, pas de viande(s) à Noël. Mais en plus de la poiscaille, on fait aussi péter les légumes en tout genre : tomates séchées, aubergines, piments, poivrons et tutti quanti. Après tout ça, normalement, on grignote des fruits secs (amandes, noisettes, châtaignes cuites au four...) pour patienter jusqu'à... la messe de minuit. Enfin, soit on déballe les cadeaux en rentrant, soit on attend le matin.
Le Nouvel An, à Naples, c'est quelque chose... Déjà qu'en temps normal, on a droit à des feux d'artifices et des pétards tous les jours, comme ça, sans raison particulière, tous les éléments se déchaînent pour le dernier jour de l'année :
Le déroulement du Capodanno est bien différent de notre Nouvel An : en France, on se retrouve entre potes chez quelqu'un le soir-même, on boit, on fait un compte à rebours pas toujours synchro, on s'embrasse, et on reste jusqu'au petit matin (si on tient encore debout). Généralement, pas de repas spécial (dans l'optique où chips, cakes salés et gâteaux ne constituent pas un repas de fête). En Italie, là encore, bouffe à gogo. "Les italiens ont coutume de manger des plats spéciaux, qui sont réputés apporter
richesse et abondance. Ce sont des plats à base de graines, par exemple
des brioches ou des plats de lentilles ou encore des gâteaux enrobés de miel" (et bien sûr, du poisson). Et sinon, à Naples, "on accueille la nouvelle année par une coutume particulière, le soir du
31 décembre. Cette tradition consiste à jeter par la fenêtre de vieux
objets, symboles de l'année terminée. Ainsi meubles, vaisselle,
vêtements, etc., prennent le chemin de la rue au grand dam des éboueurs,
qui doivent passer la nuit à nettoyer les rues. On tire aussi, parfois.
Cette tradition tend cependant à disparaître, car elle n'est pas sans
risque pour les passants."
Les jeunes en général restent pour le cenone (le "gros repas") avec les parents jusqu'à minuit, puis sortent faire la teuf comme il se doit, all night long baby.
La Befana, enfin, ressemble un peu à notre Saint Nicolas (si t'es lorrain, tape dans tes mains). "La légende dit que la Befana passe dans chaque maison où vivent des enfants la nuit précédant l'Épiphanie. Ces derniers accrochent une chaussette non loin de la
cheminée ou de la fenêtre. Pour ceux ayant été bons et gentils au long
de l'année, la Befana dépose dans leur chaussette des caramels ou des
chocolats, en revanche, pour ceux qui n'ont pas été gentils elle remplit
les chaussettes de charbon (En réalité il s'agit aujourd'hui de sucre
noir comestible ou de la réglisse qui ressemble au charbon). La Befana est souvent décrite comme une vieille femme volant sur son balai. Mais, à la différence d'une sorcière, elle est souvent souriante et porte une bourse et un sac plein de bonbons, de cadeaux, mais aussi de charbon."
...Et moi aussi, j'y ai eu droit ! (ceci est un sourire de psychopathe boulimique)
PS : mes deux semaines à Nancy se sont bien passées (un peu vite...)
J'aurais aimé avoir un peu plus de temps mais bon... j'ai déjà bien profité ! Mon patois à moi m'avait manqué (fermer la lumière, clancher la porte) et maintenant je retrouve l'autre dialecte, à Napule, a città cchiu bell ro'munn...