jeudi 7 novembre 2013

"L'autunno caldo" ou le début des emmerdes



(Je tiens à préciser que tout ce qui suit n'est PAS entièrement mon opinion personnelle mais un mix de points de vue prof/élève)


On m'avait déjà parlé à plusieurs reprises d'un phénomène un peu spécial au lycée: l'occupazione. Che cazzo è ? 
L'occupation, pour la faire courte, c'est quand les élèves font un genre de grève: ils viennent en cours mais ils ne travaillent pas; ils occupent vraiment le bâtiment, pour vous dire, ils vont parfois jusqu'à dormir dans l'enceinte du lycée ! Pourquoi, comment ?! 

Pourquoi, c'est simple. En France, les profs font grève pour telle ou telle réforme qui ne leur correspond pas, en Italie, les élèves se rebellent parce que le rythme de travail est trop soutenu. On pourrait dire qu'ils exagèrent (c'est ce que je pensais au début), mais maintenant que je """travaille""" (les guillemets sont ici essentiels) depuis un peu plus d'un mois, je vous assure que ça se justifie. J'ai été soufflée par le savoir encyclopédique des élèves, qui avalent leurs cours et vous les recrachent par cœur, sans toujours les comprendre : les profs peuvent avoir tendance à gaver les étudiants de dates, d'événements ou de connaissances pas forcément faciles à assimiler. L'année scolaire est divisée en deux : quatre mois (septembre-décembre) de cours intensifs, avec une longue série d'examens en janvier à la clé, puis quatre autres mois (février-juin) où les têtes ne sont plus à l'étude mais aux voyages scolaires, aux vacances, etc, les cours sont moins tendus. Et c'est ce déséquilibre dans l'année qui mène, au mois de novembre/décembre, à une angoisse et un ras-le-bol généralisés, et donc, à l'occupation. 

Comment, là, ça se corse. Parce que c'est des badass, les italiens : contrairement aux Français qui se contenteraient de sécher bêtement les cours, les Ritals ont le choix entre plusieurs méthodes. Parmi le trèèèès large spectre de ces solutions (ils ont de l'imagination, ils ne me déçoivent pas), j'ai pu les voir à l’œuvre : sitting (photo ci-dessous) où règne une atmosphère bon enfant et légèrement beatnik, ou alors (et c'est là que c'est badass), la méthode de gros bourrin, j'ai nommé: la Creolina. 
Au cas où vous n'êtes pas un gros maniaque du ménage (I know that feel, bro), la créoline est un puissant désinfectant à base de soude et qui, si je peux me permettre, schlingue sa race. Alors bon, à Sigis (mon doux lycée Nancéien), on avait quelquefois droit à des boules puantes. Bien ouèj, les gars. Sauf que la créoline, soude oblige, c'est pas le top au niveau santé : qui dit soude dit produit irritant dit vapeurs nocives etc etc (donc ex-sigisien, avec tes boulettes, rentre chez toi, ta mère t'a fait des boulettes). Suite du joyeux programme : les élèves étalent de la créoline sur les murs, en badigeonnent les salles, et c'est partie pour la rigolade. Le temps de tout nettoyer, de faire toutes les démarches, de sécuriser tout le toutim et de faire rentrer les élèves... c'est pratiquement les vacances de Noël. 

(J'ai structuré cet article comme les cours que je donne, déformation professionnelle)
C'est un peu synthétisé mais vous avez une vue d'ensemble sur l'environnement de mon travail, comme ça ! (Vous avez vu, c'est le bordel, eh...)

Nous n'en sommes maintenant qu'aux amuse-gueules, une partie des élèves est encore assez motivée  (j'ai fait "classe" hier à quatre élèves, puis à sept...) mais aujourd'hui par exemple je suis venue au lycée pour rien, la créoline avait déjà fait son œuvre et j'ai croisé plein d'élèves en liberté devant la bouche du métro... Qui vivra verra, je me demande bien d'ici combien de temps Vico sera occupato...






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