Presque deux mois que je suis rentrée,
il serait temps que j'écrive un dernier article ici, en guise de
clap de fin. J'avoue l'avoir un peu retardé celui-là, parce que
mettre un point final à mes aventures napolitaines me semble
impossible : j'ai un goût d'inachevé, je veux y retourner, pas
tout de suite – mais un jour, c'est sûr et certain. (Peut-être
pour mon stage cette année, à l'Institut Français. Chissà.)
J'ai encore parfois du mal à croire à
mon retour, souvent j'ai l'impression que tout ça n'a été qu'un
rêve, une petite parenthèse, et pourtant, pourtant, j'ai appris
beaucoup de choses. J'ai appris que je ne resterai pas à Nancy
éternellement parce qu'on s'y sent trop à l'étroit, j'ai appris à
ré-apprécier une langue que m'avait faite détester ma prof
d'italien, j'ai appris que j'étais fière d'être française.
Bien sûr, il n'y a pas eu que des
hauts...
Dans un pays étranger, c'est à nous
de nous adapter : la règle d'or à Naples, c'est de ne pas être
susceptible. Combien de fois j'ai entendu que les français avaient
la puzza sotto il naso ? (le cliché typique :
français hautains, français snobs) Il faut dire qu'on l'est
beaucoup plus qu'eux, en tout cas. Et méfiants, on l'est par-dessus
tout. Moi qui ne suis pas tactile dans mon genre, j'étais un peu mal
à l'aise au début quand des inconnus me touchaient l'avant-bras
comme si on se connaissait depuis des lustres. Mais au fond, on s'y
fait très vite.
Pour continuer dans le caractère de
mes chers Napolitains, j'ai remarqué des contradictions, à l'image
de leur ville adorée. C'est une ville théâtrale, où chaque ruelle
est une petite tranche de vie, un vaudeville géant qui remue, qui
secoue, qui se fait entendre – pourtant, vous ne verrez pas, comme
ici, nos mythiques french lovers (vous savez, les mecs dans la rue genre « eh
mademoiselle, t'as de belles jambes, elles ouvrent à quelle
heure ? » ou « eh mademoiselle, joli petit
cul !... Tu pourrais dire merci, connasse ! » et
tutti quanti) qui sévissent à la nuit tombée.
J'ai remarqué aussi un élément
essentiel du tempérament napolitain – après ce n'est que mon
ressenti, pas une vérité scientifique : ils ont tendance à être... blasés, disons. Ce qui a un avantage indéniable : face à un problème,
le mot d’ordre est vabbè, tant pis, c'est pas grave. Ils ne
se laissent pas démonter facilement pour une broutille, ils
continuent leur chemin.
Mais le revers de la médaille, c'est
que, quand le problème est important, ils s'en foutent tout autant :
ils baissent les bras, ils perdent courage. Ils ne se battent pas.
On peut s'amuser de ce double visage
comme on peut le subir.
Il y a une chose qui me tient à cœur: l'image de la ville. En Italie comme ailleurs, Naples a très mauvaise réputation. Entre la mafia (j'en n'ai pas trop vu la couleur), les poubelles et un volcan qui risque d'exploser à tout moment (j'avoue avoir fait un paquet de cauchemars pour ma part, hein...), ça n'a pas l'air très reluisant. Mais je le dis une bonne fois pour toutes: je me suis sentie mille fois plus en sécurité à Naples qu'à Nancy en ce moment.
Il y a une chose qui me tient à cœur: l'image de la ville. En Italie comme ailleurs, Naples a très mauvaise réputation. Entre la mafia (j'en n'ai pas trop vu la couleur), les poubelles et un volcan qui risque d'exploser à tout moment (j'avoue avoir fait un paquet de cauchemars pour ma part, hein...), ça n'a pas l'air très reluisant. Mais je le dis une bonne fois pour toutes: je me suis sentie mille fois plus en sécurité à Naples qu'à Nancy en ce moment.
A la fin, je ne regrette rien. J'ai
connu des gens géniaux, retrouvé des personnes que j'aimais, je me
suis sentie chez moi, accueillie, acceptée. Je me suis faite à de
nouvelles habitudes, de nouveaux rituels. Mon café Kimbo, mon
premier-étage-et-demi, les cartons de pizza dans l'entrée (avec les
points fidélité à découper), les bouquinistes de Port'Alba, ma
Peroni, la foule qui monte et remonte Via Roma, le bruit des Vespa,
l'odeur de weed Piazza Bellini. Le métro, aussi. « Stazione
di Salvator Rosa. Salvator Rosa station. »
Comme dirait l'autre, j'ai plus de
souvenirs que si j'avais mille ans. Mais il reste encore un peu de
place.
Spero di rivederti presto, Napoli.
(précision météo: Naples, c'est pas sea, sex and sun toute l'année...)








